Compte rendu de la soirée “Ruptures” sur la souveraineté.

Partagez

Vendredi 9 février au soir nous étions salle comble pour la première des rencontres organisées par le journal « Ruptures » dans les bâtiments de l’École Normale Supérieure de la rue d’Ulm. De nombreux UPRistes avaient réservé leur soirée pour participer à ces échanges d’idées à propos de la souveraineté.

Les intervenants, tous très intéressants, ont permis d’aborder divers aspects historiques et philosophiques sur ce thème qui est le cœur même des réflexions de notre mouvement UPR.

La soirée fut organisée de manière à laisser 10 minutes de parole à chaque intervenant pour ensuite poursuivre avec une séance de questions-réponses.

Le Professeur Guittard, éminent latiniste, est revenu sur notre héritage gréco-romain pour nous présenter les origines de la notion de démocratie (= « la main du peuple qui exerce un pouvoir », première mention dans une pièce d’Eschyle, les Suppliantes, vers l’an 460 av JC), mais aussi de république et de souveraineté. Il a souligné que, pour les grecs, ces notions étaient inséparables de l’idée de méritocratie.

M. Pierre Lévy, rédacteur en chef de Ruptures, enchaîna sur un commentaire du discours de Macron à l’Acropole dans lequel celui-ci évoque pour la première fois la notion de « souveraineté européenne ». Il nous fit remarquer que, dans ce discours, Macron prononce 34 fois le mot « souveraineté » alors même qu’il est l’un de ceux qui œuvrent le plus, en ce moment, pour faire disparaître les nations souveraines. Le langage en politique ayant un impact profond, il ressort de cette remarque l’importance réelle dans notre culture de cette notion de souveraineté. Celle-ci est incontournable, même pour Macron, au point qu’il se sent obligé de remplacer la souveraineté réelle par une autre, illusoire, afin de lancer sa « nouvelle Europe ».

Mme Marie-Françoise Bechtel, proche de Jean-Pierre Chevènement, ancienne Députée appartenant au club « République Moderne », prit ensuite la parole pour un réquisitoire contre l’UE. Elle affirme que nous vivons une époque transitoire dans laquelle commencent à s’exprimer les voies discordantes des peuples contre ses dirigeants. Elle souligne que l’on comprend bien maintenant que les dirigeants sont les mêmes qui pilotent l’UE contre l’avis des peuples.

Elle rebondit ensuite sur le discours de Pierre Lévy pour préciser que Macron utilise une notion légitime le peuple attaché à son pouvoir mais en la détournant. En effet, le tribunal constitutionnel fédéral de Karlsruhe, au moment de l’adoption de la constitution européenne, l’avait retoquée : il n’existe pas de « peuple européen ». Or il n’est de pouvoir démocratique que populaire, ce qui implique la notion d’État-nation.

Mais pour le conseil constitutionnel français, l’UE agit à une échelle proche des états, pour donner un ordre communautaire, ce qui permet de lui transférer des pouvoirs souverains et de lui reconnaître une souveraineté externe. Mme Bechtel cita à ce propos Raymond Carré de Malberg pour définir la souveraineté interne ( = souveraineté du peuple) et la souveraineté externe ( = souveraineté interne cédée à un organisme extérieur par l’état qui a alors le pouvoir de reprendre cette souveraineté quand il le souhaite).

Cependant à propos de la souveraineté externe, ce n’est pas vraiment le cas actuellement puisque dans les faits, l’état ne peut pas reprendre sa souveraineté – sauf à quitter l’UE.

Elle conclut son intervention en mentionnant la tutelle de l’UE par les États-Unis, l’euro n’étant pas libre par rapport au dollar et l’externalité du droit américain dominant la politique et l’économie de l’UE.

                                              Crédit photo : Critique de la Raison Européenne

Ce fut ensuite au tour de Jacques Sapir de souligner l’utilisation à tort du mot « souveraineté » depuis une quinzaine d’années : souveraineté de la monnaie, des banques centrales, etc… Ce mot est utilisé comme synonyme de « pouvoir de prendre des décisions ». Or, si l’on se réfère à Jean Bodin, la souveraineté est le fait de pouvoir décider quand on sort de l’état normal des lois et quand on rentre en état d’urgence, et cela, seul le peuple peut le faire.

Il existe deux origines de la souveraineté :

– Une origine gréco-romaine : la souveraineté est détenue par l’aristocratie et par le peuple, c’est un espace politique défini qui apparaît lors des cérémonies d’investiture des empereurs romains. Ces derniers ne détiennent le pouvoir qu’au nom du Sénat et du peuple de Rome (« senatus populusque romanus »). Celui qui exerce la souveraineté n’est pas celui qui la possède.

– Une origine judéo-chrétienne : les rois ne le sont qu’en vertu de leur lien avec Dieu. Cela laisse à penser que le roi n’a obtenu le pouvoir que de Dieu, mais dans les faits c’est l’espace politique entourant le roi qui lui cède l’exercice de la souveraineté. Il peut le perdre si son action ne convient pas.

Se pose alors la question « Qu’est-ce que le peuple ? » puisque l’on parle de souveraineté du peuple : est-ce un ensemble ethnique ? religieux ? politique ?

M. Sapir conseilla alors à nouveau de lire Jean Bodin, qui a également travaillé sur la notion de laïcité, pour comprendre comment établir la concorde au sein du peuple souverain. Jean Bodin avait conclu sur la nécessité de renvoyer les religions au cercle privé et de privilégier la définition du peuple comme un ensemble politique.

M. Jean Bricmont parla ensuite des « fake news » – Syrie, Russie, etc… – pour souligner que, sans information officielle crédible, non seulement l’état se discrédite, mais qu’en plus, ceux qui ne contrôlent ni ne vérifient l’information seront forcément spoliés de leur souveraineté. Il est impossible au peuple d’exercer son pouvoir s’il n’est pas informé ou s’il est informé de travers.

Bruno Drweski poursuivit dans cette direction en parlant de la crédibilité des dirigeants et des médias occidentaux, nulle à l’étranger comme en occident. Les mesures, sanctions, attaques pour limiter l’action des médias alternatifs et cacher cette absence de crédibilité ainsi que leurs actions, montrent l’état de déliquescence du système. Nous sommes devant un régime qui a perdu sa légitimité et qui a peur de son peuple.

John Laughland intervint ensuite à propos du Brexit, une catastrophe pour l’UE. Catastrophe pour elle car c’est un exemple qui montre que l’on peut en sortir. De nombreuses voix se font maintenant entendre pour demander moins d’union européenne. Catastrophe financière aussi puisque le Royaume-Uni était contributeur net à l’UE. Et enfin, catastrophe sur le plan militaire puisque le plan de défense européenne reposait sur l’idée d’une alliance franco-britannique, les deux pays ayant les armées les plus développées. Dorénavant si elle a lieu, ce sera en dehors de l’UE.

L’UE perd de son aura, de sa force d’attraction : la Turquie se tourne vers la Russie qui, elle-même, se tourne vers l’Orient.

Il souligna également la tendance profondément antidémocratique de l’UE. Les élites européennes sont profondément inquiètes, leur colère contre le peuple devient de plus en plus visible et le peuple est dénigré. (Cohn-Bendit : « il faut arrêter de dire que le peuple a toujours raison »).

Enfin Pierre Lévy prit la parole à la place du dernier intervenant, absent pour des raisons personnelles, qui devait parler de l’Allemagne, où se met en place une coalition des perdants.

Toutes les élections en Europe, actuelles ou à venir, mettent en lumière la montée du sentiment anti-européen. La « grande coalition » allemande, même si elle a lieu, pourrait, en dépit de sa majorité, se retrouver perdante face à l’AFP qui connaît actuellement un essor. Ce serait un coup d’arrêt à la « nouvelle Europe » souhaitée par Macron.

La soirée se conclut par des échanges sous forme de questions-réponses du public et des intervenants.

La vidéo de cette soirée sera retransmise sur la chaîne Youtube de « Guerre et paix » dans un proche avenir. Surveillez le journal « Ruptures » pour ne pas manquer cette retransmission et profiter d’articles, toujours fort intéressants !


Partagez

Soyez le premier à commenter

Poster un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*


Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.